dimanche 22 novembre 2015

Les Pantins cosmiques – Philip K. Dick (1957) Note : 14/20

Les Pantins cosmiques – Philip K. Dick (1957)


Roman de troisième catégorie




Livre particulier de la part du Dick, le chaînon manquant entre l’œuvre de HP Lovecraft et celle de Stephen King.

Ted Barton revient dans sa petite bourgade natale où personne ne se souvient de lui et où tout a changé. Il apprend que tout ceci est dû à un combat ancestral que se livrent deux divinités cosmiques, Ahriman, le mauvais et Ormadz, le bon.

A l’aide d’un vieil homme qui n’a pas oublié le monde d’avant et grâce à une de ses inventions, il va s’employer à redonner naissance au bon ordre des choses.

Le conflit entre les deux entités, les deux grands anciens pseudo-lovecraftiens, est ce qui semble le plus intéressant dans ce court roman. Leur évocation a quelque chose de vertigineux, grandissime et fascinant.

La compagne du héros, figure féminine du roman, est pour le moins très Dickienne. Elle évince Ted parce que leur plan, leur désir divergent et lui lance un ultimatum qu’il ne pourra satisfaire, trop absorbé par son obsession de comprendre ce qui est arrivé à sa ville.

On est plongé dans l’atmosphère des petites villes américaines, au décor mimétique, entourées de nature, propices au déferlement d’évènements paranormaux. Notre subconscient en est tellement abreuvé qu’il est comme chez lui.

Après ses livres de science-fiction, majoritaire, ses romans classiques de « vraie littérature », voici une nouvelle catégorie avec un représentant unique.

Pour conclure, un bouquin mineur, peut-être le plus mauvais de la petite trentaine que j’ai dans les pattes du visionnaire Philip K. Dick. Ma passion pour cet auteur n’est plus à prouver, mais l’objectivité nous pousse à admettre que « Les Pantins cosmiques » occupe la queue du peloton. Donc décevant mais reste néanmoins une certaine tenue, un peu de génie qui s’infiltre, de façon éparse, ici et là, des fulgurances disséminées qui rattrapent la globalité.










Samuel d’Halescourt




mardi 17 novembre 2015

Une bougie sur le gâteau du Kindred




Merci à tous ceux qui suivent assidûment le flot des publications et à ceux qui sont venus jeter un petit coup d’œil au détour d’un clic.

Le Kindred et ses vicissitudes fêtent leur premier anniversaire et titubent dangereusement.

La seconde saison sera encore plus riche, performante et trépidante.

Salutations cosmiques.











Samuel d’Halescourt

dimanche 15 novembre 2015

Deuxième antienne du Kindred : Les trompettes mythologiques

Deuxième antienne du Kindred
Les trompettes mythologiques


Créatures nées du génie humain, d’une génétique aux possibilités illimitées, dans le folklore des siècles passés, oublié puis ressuscité.

Monstres ou minorités mythologiques suivant son bord, son œilleton. Des centaines de races, compatibles à la reproduction avec l’homme, aboutissant à des demis et à des mulâtres. Certains sont au monde à plusieurs millions, d’autres à seulement quelques milliers. Les nains et leur royaume en Norvège, les elfes blancs autour de la mer Caspienne, les elfes noirs s’emparant d’un tiers du Gabon, les orques considérant la France comme la terre promise, les gobelins et leurs deux foyers : Japon et Canada. Et le reste, trop peu nombreux pour se constituer en nation, éparpillé aux quatre coins des plus gigantesques mégalopoles.

Scientifiques acharnés répondant à la maxime qui veut que tout ce qu’il sera possible de faire, l’humanité le fera. Les enfants de Tolkien, des jeux de rôles et du populaire, ils avancent à vue, se construisant au débotté leurs idiosyncrasiques paradigmes.

Le cinéma s’en frotte les mains, les films de fantasy écartent déguisement et synthèse pour de la chair mobile et concrète.

Méta-humanoïdes, sources de fantasmagories et de surréalismes dans une réalité jusque là empreinte de tristesse, d’une espèce qui se regardait le nombril.

Les partis et mouvements hostiles sont advenus défenseurs de la pureté du génome, du Sapiens tout puissant comme à l’origine ; rien d’inquiétant, juste l’expression d’atavique protection, le repoussement des menaces pour l’entité première.
Et pourtant, l’humanité et ses simulacres folkloriques doivent se tendre la main et percer ensemble les secrets d’un univers par trop abscons.




Samuel d’Halescourt

samedi 14 novembre 2015

Mortel transfert de Jean-Jacques Beineix (2001) Note : 15/20

Mortel transfert de Jean-Jacques Beineix (2001)

« Et le Jack Russel en plus ! »


Beineix livre un ultime film, du moins considéré comme tel en ce mois de novembre 2015. Peut-être s’est-il lui-même mis en retrait et éloigné du cinéma ou est-ce les producteurs, profession composée très largement d’opportunistes cupides, qui n’ont pas le courage et l’amour de cet art suffisant pour le produire ?

Si la deuxième hypothèse est vraie, ils prouveraient par-là qu’ils n’aiment pas le cinéma français et leurs démiurgiques sentinelles, méritant ainsi notre mépris, notre crachat !

Tout est déjà contenu dans la scène d’ouverture. Jean-Hugues Anglade, psychanalyste que l’on devine psychiatre de formation par le fait qu’il délivre, à un moment donné, une ordonnance et qu’il évoque ses études de médecine, suit lui-même une analyse chez un confrère, Robert Hirsh. Dans le cabinet se trouve un tableau vénitien où des hommes déguisés et masqués regardent la rue. C’est l’annonce des aventures qui attendent Anglade, les faux-semblants, la quête initiatique, la perdition et puis la renaissance.

Beineix fait son Kubrick et inscrit son Mortel transfert comme le Eyes Wide Shut français.

C’est une étude sur la paranoïa qui peut s’installer chez l’individu lorsque l’on n’a pas l’esprit tranquille, que la culpabilité, réelle ou artificielle, pèse comme une masse et pousse au délire.

Pour conclure, un film merveilleux, sombre mais non dénué d’humour où le fétichisme se confond avec l’avarice. L’ambiance y est parfois lourde et malsaine, semblable au téléfilm érotique du dimanche soir d’M6 que nous regardions jeunot.

Il faut préciser qu’Yves Rénier est excellent dans les quelques scènes que lui octroie son personnage dans un minuscule second rôle. Il y est intense et intimidant.

Une cavalcade dans un Paris obscur où tout paraît étrange, entre rêve et cauchemar.




Samuel d’Halescourt

mardi 10 novembre 2015

La seule exactitude – Alain Finkielkraut (2015) Note : 16/20

La seule exactitude – Alain Finkielkraut (2015)


Un flingue avec un nœud papillon




Autant annoncer la couleur, ce livre m’a régalé. Une accumulation de courts chapitres qui traitent de l’actualité de ces deux dernières années où Finky délivre ses sublimes exaspérations, son divin accablement.


Il me semble que dans les années soixante et soixante-dix, les philosophes les plus intéressants étaient principalement de gauche. Aujourd’hui, les intellectuels les plus passionnant sont quasiment tous classés à droite. C’est ainsi, il ne faut pas en prendre ombrage mais l’admettre et s’en délecter.

Et je le dis sans trembler, Finkielkraut est une des lumières de ce siècle balbutiant. Un phare qui ne cède aucune concession à l’époque, à la sainte modernité.

Il aime à citer d’autres auteurs, ce qui est un signe d’humilité ou de pédanterie, au choix (paradoxe du mot pédant, l’employer pour dénoncer une attitude c’est l’être), mais on préférerait parfois qu’il en produise des paraphrases pour le plaisir de goûter à ses propres mots.

Finky sait également se montrer très drôle avec une simple phrase : « au nom du onzième commandement « tu ne feras pas d’amalgame » ». Imparable !

Ce qui fait certainement de moi un être profondément réactionnaire, j’aime encore l’intelligence et celle-ci ne peut être un blanc-seing livré à l’air du temps mais un regard critique, préventif, une sorte de sagesse embryonnaire.

Pour conclure, un livre nécessaire et salutaire, que l’on partage ou non ses analyses. A titre personnel, je ne suis pas en adéquation avec sa pensée concernant Dieudonné et Finkielkraut devrait prendre garde des interdictions et des lynchages, de peur d’être le prochain.

La question juive et son articulation dans la société française est également très prégnante, prépondérante mais développée avec la sagacité de celui qui connaît son sujet et entrevoit une simili-vérité.

Dans son intermezzo Heidggérien, je n’ai pas bien saisi quelle était la différence entre l’être et l’étant, je m’échine à comprendre mais je ne serai probablement pas le seul.

A lire !








Samuel d’Halescourt

dimanche 8 novembre 2015

Quantum of Solace de Marc Forster (2008) Note : 7/20

Quantum of Solace de Marc Forster (2008)


La perdition de James Bond




Désastreux, pitoyable ! Là on se dit qu’il est loin le temps béni des Sean Connery et Roger Moore.

S’il s’agissait de faire une suite à Casino Royale, avec le peu de choses qu’il y avait à dire, un moyen-métrage aurait amplement suffi.

Des scènes d’action au montage elliptique qui confine à l’épileptique, plus digne d’un clip de transe psychédélique que d’une avancée narrative efficace et jubilatoire.

Quant à l’antagoniste, joué par Mathieu Amalric, il n’est pas crédible pour deux sous et particulièrement insipide. Il est plus ridicule qu’apeurant avec ses histoires de mainmises et de contrôles des réserves d’eau d’une partie de la Bolivie qui, sous couvert d’écologie, s’accapare les richesses naturelles.

Seule Olga Kurylenko tire son épingle du jeu et sauve ainsi quelques scènes du misérable dans lesquelles elle s’empêtre. Belle et transpirant le danger, elle nous réveille du cauchemar cinématographique qui défile sous nos yeux.

Ce film est une immense blague, certainement le plus mauvais de la saga et ça en fait des bobines boiteuses qui échappent de justesse à ce titre. Et puis Daniel Craig qui prouve malheureusement qu’il n’est pas un acteur de génie capable tel un Johnny Depp de sauver un film bancal sur ses seules épaules.

Pour conclure, un film mineur, au scénario microscopique, au montage inepte et à la réalisation de tâcheron.

Un seul bon point, c’est un James Bond ! Aussi mauvais soit-il, il s’inscrit dans une série, une longue suite d’œuvres éternelles et en est éclaboussé par capillarité ou contagion . Il devient le petit maillon d’une chaîne époustouflante et donc incontournable malgré son indicible nullité.








Samuel d’Halescourt

vendredi 6 novembre 2015

Septième message du Kindred : Transaction différée

Septième message du Kindred

Transaction différée


Dans la boutique de jeux vidéos, je pose la main sur la cinquième extension d’Héroïc Gobelin War. Floyd la testera et me dira si ça vaut le coup. Pendant le trajet qui nous ramènera sur Mars, je ne suis pas contre quelques séances de distractions dans une réalité toute virtuelle.

D’un pas décidé, d’une démarche que je crois et j’espère hiératique alors qu’elle n’est peut-être qu’erratique, je fais un saut à la pharmacie pour acheter deux boîtes d’amisulpride afin de contenir le démon.

Plus jeune, je pensais que mes différences objectives étaient l’expression de mon génie alors qu’elles n’étaient que banales schizophrénies.

Mes emplettes concentrées dans mon sac en bandoulière digne d’un étudiant attardé, je me rends avec diligence et alacrité au Nyarlathotep Club où m’attend Dridge.

Au fond de la salle, je prends possession d’une table et commande un double whisky irlandais. Musicalement, un vieux titre d’électro-épouvante des Last Vampires remplit le fond sonore. J’attaque la préface du Nietzsche que je viens de me payer en sirotant mon nectar.

Dix minutes s’écoulent ainsi avant que mon acheteur interrompe mes considérations philosophiques en posant son séant sur la banquette caca d’oie en face de moi.

  • Eewar, comment ça va ? me demande Dridge en me tendant la main.
  • Pas mal, et toi ? dis-je en lui serrant la pogne.
  • Désastreux ! on ma diagnostiqué le syndrome de Creepen. La maladie de Gaiä !
  • Merde, désolé pour toi vieux. T’as les crises et tout le toutime ?
  • Ouais, la totale ! Je vais devoir suivre le traitement et vivre sur Terre au moins six mois de l’année. Enfin y croupir plutôt ! Et Floyd ça va ?
  • Y se maintient. T’as le fric ?
  • Evidemment, sinon j’aurais commencé par ça !
  • Alors on fait ça où ?
  • Pas ici, c’est trop risqué. Sur Léda ! Un petit satellite qui est en ce moment à dix millions de kilomètres d’ici. Sur le caillou il y a un petit astromotel et je connais le patron, c’est un ami à moi. C’est du sûr !
  • OK, on fait ça quand ?
  • Dans exactement quarante huit heures à partir de maintenant !
  • Parfait, on y sera.
  • Je te paye un autre verre ?
  • Avec plaisir !


Je vous recontacte prochainement.



Samuel d’Halescourt