dimanche 11 octobre 2015

Top 10 des meilleurs long-métrages

Top 10 des meilleurs long-métrages


Etabli dans l’humeur du moment, films sélectionnés parmi un petit trois mille de visionnés, comme ils ont ressurgi des méandres de ma mémoire.


  1. - Wonder Boys de Curtis Hansen
  2. - Histoire de fantômes chinois de Chuin Siu-tung
  3. - Les sept samouraïs d’Akira Kurosawa
  4. - Pulp fiction de Quentin Tarantino
  5. - Lost Highway de David Lynch
  6. - Anything else de Woody Allen
  7. - Cyborg d’Albert Pyun
  8. - The game de David Fincher
  9. - Conan le destructeur de Richard Fleischer
  10. - Yojimbo (le garde du corps) d’Akira Kurosawa


(bonus) 11 – Aniki, mon frère de Takeshi Kitano
(bonus 2) 12 – A tombeaux ouverts de Martin Scorsese
(bonus 3) 13 – Jack Burton dans les griffes du mandarin de John Carpenter




Certains se demanderont si je ne me suis pas trompé de Conan ? Non, non, c’est bien celui-là, le deuxième, le film de série B, j’assume !


Il y a une autre provocation dans la liste, saurez-vous la déceler ?












Samuel d’Halescourt

mercredi 7 octobre 2015

Amarcord de Fédérico Fellini (1973) Note : 17/20

Amarcord de Fédérico Fellini (1973)


Exégèse d’un peuple


De Fellini je suis un néophyte, je le confesse, avec celui-là je n’avais vu que la Dolce Vita et les Vitelloni. Je ne pourrais donc le juger dans la globalité de l’œuvre mais comme une singularité, une unicité dépourvue de cadre.

Amarcord, je me souviens, Fellini raconte ses souvenirs d’adolescent et c’est prodigieux, du cinéma inventif et foisonnant, fourmillant d’idées.

C’est le portrait, l’incarnation d’une Italie qui semble éternelle et pourtant si lointaine où même le fascisme relève du burlesque.

L’exploration d’une humanité que l’on trouvera réjouissante ou repoussante selon son paradigme. La figure de la prostituée nymphomane qui erre de-ci de-là, une galerie de professeurs dont les comportements et les caractères n’ont pas changé depuis presque un siècle, un frère aliéné mental qui hurle perché en haut d’un arbre qu’il veut une femme, un narrateur qui nous guide face caméra, comparable au cow-boy dans The Big Lebowski, une gironde buraliste qui initie notre héros au contact mammaire, un oncle improductif et philosophe dans son attitude qui mène la grande vie et une Magali Noël, vénusté mature, qui hante les fantasmes de tous.

Je passe sur le curé obsédé par le possible onanisme de ses jeunes ouailles, celles-ci s’en donnant à cœur joie entassées dans une voiture.

Pour conclure, une œuvre magistrale, émouvante, profonde et drôle dont la seule ambition est de décrire le petit peuple tout simplement, le commun, aux mauvaises manières noyées dans un bain de solidarité et d’amour diffus.

Quant au fascisme de l’époque, il est très éthéré, les gens se disant : « si tu veux le pouvoir, vas-y exerce le, pendant ce temps là nous on fait nos vies ».

Si de Fellini tout est du même tonneau qu’Amarcord, alors oui c’est grand.






Samuel d’Halescourt

lundi 5 octobre 2015

Première antienne du Kindred : Glorification de l’eugénisme androïdique

Première antienne du Kindred


Glorification de l’eugénisme androïdique




Le psaume est bionique, le cantique cybernétique, l’intelligence est artificielle et de plus en plus perfectionnée. Au seuil de la conscience, des sentiments et du plaisir, une nouvelle engeance mimétique, indétectable, naît au cœur du système. Visage sans sourire, épiderme d’imitation, leur destin est la servitude, esclave domestique de races naturelles, authentiques ou à la génétique modifiée.


Au rebus les modèles d’occasions, les antiquités obsolètes au profit d’évolutives avancées, triées et sélectionnées par de transhumanistes scientifiques affiliés à la constante fidélité au progrès technique.


L’évangile est cyberpunk, la litanie substitutive et futuriste, le simulacre est doué d’un langage intelligible. Réification du méta-être, du deuxième homme, de l’ontologie bio-informatique , holisme mécanique, usinage humanoïde à la chimie parfaite.


Trois multinationales se partagent la confection, corporations puissantes aux brevets partagés, pieuvres capitalistiques, amassant l’hélio-dollar.


Souvent à l’usage sexuel, de la Skydoll à la cyberbabe, copie de pornostar de tous les formats, sublimation du libidineux céleste et du désir cosmique.


Le négligeable, force de travail, aux emplois sans attrait, dissimulé parmi la foule, exécute et interprète.


Lois de la robotique, Asimov en prophète, règles non transgressives, le programme l’interdit.


Gloire à l’androïde.










Samuel d’Halescourt




mercredi 30 septembre 2015

Carnage de Roman Polanski (2011) Note : 15/20

Carnage de Roman Polanski (2011)


Je crois au dieu du carnage !




Etonnant film de la part de Polanski. Un exercice de style, un huis-clos mordant, la confrontation de civilités qui s’effritent.

Deux couples New-Yorkais discutant du fait que le fils des uns à briser deux dents au fils des autres avant que le carnage, la rafale des reproches entre couple et inter-couple ne démarre.

Par conséquent le film ne commence vraiment que lorsque Kate Winslet vomit sur la table basse. Jusqu’alors ce n’était qu’une mise en place, en situation, des éléments qui permettront la déflagration quand les premiers verres de whisky seront servis. Deshinibés, la bienséance s’estompant, le jeu de massacre débutera, le ressentiment enfin libéré.

Les acteurs sont excellents. Il en fallait de ce calibre là, de cette épaisseur pour faire tenir les une heure et quart de palabres sur leurs huit épaules.

Chaque personnage est bien travaillé, au caractère et aux attitudes uniques, avec une petite préférence pour celui de Jodie Foster, caricature de bobo à New York comme à Paris, qui se soucie davantage du sort des « nègres du Soudan » (citation du film, je précise) qu’à celui de son entourage direct et qui nous propose une joyeuse variation de l’hystérie rageuse.

Une tentative de lever le voile sur ces citoyens américains bien sous tous rapports, qui s’engluent inévitablement dans une mer d’incompréhension.

Pour conclure, une œuvre sûrement difficile à réaliser au vue des contraintes narratives qui pesaient sur elle mais Polanski s’en sort bien et polit une nouvelle facette du diamant cinématographique qu’il est. Un gamin défiguré, une sombre histoire de hamster abandonné, un téléphone portable non étanche, un séchoir et des fleurs ravagées, autant d’entrées dans le giron d’un sublime carnage.

J’aurai finalement retenu deux choses fondamentales de ce film : la puissance des non-dits de la petite bourgeoisie occidentale et la valeur de vérité de l’éthylisme.








Samuel d’Halescourt

dimanche 27 septembre 2015

Quatrième message du Kindred

Quatrième message du Kindred

Floyd et son tropisme


Floyd est remonté au salon, ses deux cents kilos encastrés dans le cuir synthétique du canapé deux places vissé au sol. Il s’est mis torse nu et sa graisse s’agglutine comme de la matière molle autour d’un axe immobile. Il bourre le foyer de son bang des derniers décigrammes d’une herbe saupoudrée de diacétylmorphine avant de l’allumer et de caler son souffle sur une obsessionnelle aspiration.

Toute la machinerie se met à trembler. La fumée remonte le tube rouge, translucide et fluorescent. Les vapeurs de la substance psychotrope vont attaquer son cerveau pour plusieurs heures.

J’ai moi-même consommé beaucoup de cannabis étant jeune, de l’adolescence au début de l’âge adulte mais j’ai finalement compris que ce n’était pas pour moi. L’aphasie, la perte de vigilance et de vigueur, la paranoïa et l’angoisse, tout cela ne me sied guère. Je préfère mille fois l’alcool, là est ma vraie drogue, celle qui me correspond, ontologique et fidèle à mon ascendanc
e catholique.

Toujours est-il que ce gros rejeton de demi-félon à la longue tignasse est ce qu’il serait coutumier d’appeler mon meilleur ami, dans la définition générale que l’on en donne.

Son père était un caïd, un des plus craints de tout Vance City. Un prédateur à la fois sauvage et sophistiqué, un ambitieux au chemin alternatif, une voie où l’on monte vite pour redescendre et s’aplatir quelques étages plus bas. Il purge actuellement une peine de 203 ans, incompressible, pour un quadruple meurtre en forme de règlement de compte, dans la principale station carcérale du système solaire que l’on surnomme l’aiguille. Un des plus grands bassins d’emplois avec New-Macao. Cinq cent mille détenus répartis dans une prison spatiale, orbitant entre les cailloux de la grande ceinture d’astéroïdes, entre Mars et Jupiter. La plus grande concentration de détraqués et d’assassins que l’humanité ait jamais connue.

Son géniteur fait partie de ces condamnés, de ces zombies numérotés et surveillés, pour lequel il ne peut rien faire si ce n’est lui rendre visite tous les six mois et lui payer quelques cartouches de Jupiter’s.

Je vous recontacte prochainement



Samuel d’Halescourt

jeudi 24 septembre 2015

Si ce monde vous déplaît… et autres essais – Philip K. Dick (1995) Note : 14/20

Si ce monde vous déplaît… et autres essais – Philip K. Dick (1995)

Dieu, androïdes et mondes parallèles


Une anthologie de quatre discours, écrits et délivrés entre 1972 et 1978, en pleine époque mystique de Dick.

J’imagine la tête de ceux qui ont assisté à ces conférences et qui s’attendaient à un auteur de science-fiction certes génial mais banal et qui se retrouvent face à une graine de prophète.

Ce bouquin prouve une fois de plus que les véritables philosophes du XXème siècle sont les auteurs de science-fiction qui, anticipant des mondes futurs, y apposent des morales nouvelles que nos descendants auront le devoir d’appliquer. Et à ce jeu là Dick est un roi, une sommité de la discipline : il explose un Heidegger, terrasse un Sartre et piétine un Deleuze.

Par l’imaginaire, la prospective, il établit les codes d’une humanité future. Le nouveau Jules Verne sans aucun doute, le mysticisme et le psychédélisme en plus.

Robot, androïde, réplicant ou cyborg, peu importe la terminologie même si chacun répond à une définition bien précise, Dick en livre une réflexion à l’aune de l’humanité. Ces simulacres inquiètent Dick et il en donne les raisons profondes !

Dieu, qu’il appelle le Programmateur-Reprogrammateur, est influence et référence constante dans son discours. L’image du poisson, symbole des premiers chrétiens persécutés par l’empire Romain, est la clef de voûte qui le maintient dans la paranoïa tout en l’en délivrant.

S’excitant sur Nixon qui est pour lui le diable, l’incarnation du mal, une émanation de l’antéchrist qui subit une punition divine par le truchement du Watergate.

Pour conclure, un livre essentiel pour la compréhension globale de l’œuvre de Philip K. Dick, souvent barrée et excessive, mais frappée du sceau de la sincérité.

Sa définition du réel est merveilleuse et implacable : « la réalité c’est ce qui, quand on cesse d’y croire, ne s’en va pas ». Et puis sa blague du patient qui dit à son psychiatre, docteur j’ai l’impression que quelqu’un met un produit dans mes aliments pour me rendre paranoïaque.
Le serpent qui se mord la queue, tout Dick y est résumé.




Samuel d’Halescourt



dimanche 20 septembre 2015

Troisième message du Kindred

Troisième message du Kindred

Un moteur à la con


Floyd m’informe que l’injecteur ionique est mort et que son remplacement nous coûtera 4000 hélio-dollar sans compter la main d’œuvre. On est pris à la gorge, c’est ça ou la condamnation à faire le pied de grue sur une planète des plus moribondes et inhospitalières ad vitam aeternam. On se boit une petite bière, une Bradburry brune, adossés au vaisseau en attendant le mécanicien

J’ai la sensation étrange que rien ne se déroulera comme prévu. Que le grand ordonnateur a décidé de nous entraver, de nous mettre des bâtons dans les roues, de compromettre nos plans les mieux ordonnés. Le mécanicien s’est ramené alors que je jetais un coup d’œil au moteur qui m’apparaît comme un monstre de métal impénétrable. Un léviathan technologique aux multiples ramifications, une bête mécanique, démoniaque, de feux éruptifs et d’alliages surchauffés.
Je tends la carte du vaisseau à l’employé qui la scanne sur sa tablette professionnelle. Sur son écran doit s’afficher la carte d’identité du Kindred :
  • Propriétaire : Eewar Al-Mecca
  • Immatriculation : 3012 PL 36 A
  • Constructeur : Asimov Century III
  • Numéro de série : 2907
  • Type de moteur : Andrevon IV première génération
  • Année de construction : 2441

Le type sortit un paquet de Jupiter’s et s’en alluma une avant de dire :

  • Vous êtes immatriculé Pluton, vous cherchez les problèmes ?
  • Ça, ça nous regarde ! rétorquais-je
  • Ça regardera aussi les douaniers qui viendront sûrement vous rendre visite !

Je laisse Floyd deviser avec notre nouvel ami sur la panne qui nous rassemble devant la coque grande ouverte. Cela ne peut faire que du bien au propulseur de prendre un peu l’air, cette antiquité manufacturée, rafistolée de partout qui peut trembler comme une chaudière proche de l’explosion. Cet hybride plasmatique alimenté par un réacteur à fusion nucléaire n’en n’a plus que pour une décennie avant de finir au recyclage.

Je remonte dans la minuscule pièce qui me sert de bureau, me sers une vodka et attaque le « Paul Verlaine » de Zweig. Dehors tout est calme, l’astroport du dôme Cherryh est un havre de paix des plus salutaires.

Je vous recontacte prochainement.



Samuel d’Halescourt