samedi 12 décembre 2015

Paul Verlaine - Stefan Zweig (2015) Note : 18/20

Paul Verlaine - Stefan Zweig (2015)

Elu prince des poètes en son temps


Un livre merveilleux composé de quatre parties, deux biographies de Paul Verlaine, l’une de jeunesse et l’autre plus tardive, un court texte sur Rimbaud puis conclut par trois poèmes, pour le coup mineurs, de Zweig.

Un grand romancier qui narre la vie tumultueuse d’un grand poète, cela ne peut déboucher que sur du magistral, une littérature soyeuse et élégante, du caviar dans une coupelle en or.

L’éloge démarre pourtant mal, Zweig affirme que ce qui caractérise le mieux Verlaine c’est la faiblesse, le manque de personnalité et l’absence de caractère. L’inverse complet de ce qu’était Rimbaud. Le pauvre Lélian tire avant tout son statut de poète maudit de cette description impitoyable.

Outre le style supérieur et complexe, on y apprend énormément de choses sur la vie de Verlaine. Les trois coups de feu qui visent Rimbaud, l’un des tirs le touchant superficiellement, ne supportant pas la séparation et qui lui vaudront quelques années de prison. Zweig nous indique qu’il s’est converti au catholicisme mais point de conversion, un simple retour à ses racines, à une ontologie enfouie. De ce moment il rejoint officiellement les rangs des poètes catholiques.

Il fera un autre séjour en prison après avoir frappé sa pauvre mère, la seule voulant encore bien de lui et prête à l’héberger. Après cela, ce sera la rue mais la reconnaissance de toute une génération

Pour conclure, un livre peut-être pour érudit mais tellement jouissif autant dans le contenu que dans la langue. Tous les amateurs des poèmes Saturniens trouveront ici un évangile selon saint-Zweig, un début d’éclaircissement sur une figure révérée et adulée par bon membre de marginaux romantiques dans l’acception étymologique du terme.

Enfin, je milite pour remettre au goût du jour cette vieille tradition et que soit élu de nouveau et dans l’instant un prince des poètes.




Samuel d’Halescourt

jeudi 10 décembre 2015

L’ordre et la morale de Mathieu Kassovitz (2011) Note : 16/20

L’ordre et la morale de Mathieu Kassovitz (2011)


« Ici c’est Kanakie »

Magnifique oeuvre, entre film de guerre et film d’assaut, très bien réalisé, presque virtuose où chaque plan est d’une richesse incroyable.

La trame fait partie de l’histoire de France moderne. Un groupe d’indépendantistes Kanak assaille une petite gendarmerie de campagne puis se constitue des otages qu’il retient captifs dans la grotte d’Ouvéa.

Ça apparaît comme le deuxième volet de la 317ème section de Pierre Schoendoerffer, n’ayant rien eu d’aussi réussi dans le genre pendant ce long laps temporel et on espère que dans vingt ou trente ans un autre grand cinéaste tricolore conclura le triptyque.

Le grain de l’image, la lumière, la contemplation en arrière plan d’une nature sauvage et luxuriante, tout fait penser à du Terence Malik inspiré, au sommet de son art.

Kassovitz s’était un peu perdu pendant sa parenthèse américaine, même si Gothika était plutôt bon, et nous revient avec une production bien française, un film objectif, correctement maîtrisé, doucement politique.

Une œuvre où le manichéisme n’est pas de mise, donnant la parole à toutes les parties, à chaque camp, indépendantistes comme agents du GIGN jusqu’au ministre de l’Outre-mer et finalement ne contentant personne, ce qui peut expliquer son relatif échec et que Kasso veuille enculer le cinéma français.

Pour conclure, un film brillant, tempéré, tout en nuance dans son approche où commençant par le massacre, le décompte des jours s’égrène, de J-10 au jour J, nous progressons vers un dénouement au sordide inéluctable.

Une tragédie estampillée année 80 sur fond d’élection présidentielle avec la séquence d’un assaut final proprement ébouriffante.












Samuel d’Halescourt.

lundi 7 décembre 2015

Neuvième message du Kindred : La danse de l’inflation

Neuvième message du Kindred


La danse de l’inflation




Je rejoins l’astroport du dôme Cherryh, traverse la flotte des vaisseaux interplanétaires jusqu’à l’emplacement du Kindred.

Sur place, le vieux noir à la barbe blanchie pointe sa clef de seize en direction du visage de Floyd :

  • Arrête de me faire chier mon gars ! J’en ai maté des plus gros que toi !
  • Hola ! qu’est-ce qui se passe ? j’interviens en contractant l’intégralité des rides de mon front.
  • Ce vieux con veut nous soutirer 8000 HD ! dit Floyd en planant à moitié.
  • C’est ce que ça coûte ! renchérit le mécanicien.
  • Bon Floyd je prends le relais ! Va te taper un bang de ma part ! déclarais-je en lui lançant le sachet rempli d’herbe que je viens d’acheter.

Il s’exécute en maugréant d’une démarche digne d’un pingouin qui aurait dix kilos de chibres à déplacer. Pour monter la rampe d’accès au vaisseau ça lui prendra le temps qu’il faut pour courir un 400 mètres haies.

  • Bon ! je dis à l’ancêtre. C’est quoi cette histoire de 8000 HD ? Vous voulez nous arnaquer ?
  • C’est ce que j’essayais d’expliquer au gros lard ! L’injecteur est nase et des comme ça on en trouve plus sur le marché, je vais devoir bidouiller un modèle plus récent, beaucoup plus cher et l’adapter. C’est quand même pas de ma faute si vous vous plaisez à jouer les antiquaires de l’espace !
  • OK ! Je suis prêt à payer mais je veux que demain matin on soit en état de décoller et en toute sécurité.
  • Je vais faire de mon mieux.
  • J’en suis ravi !



Je vous recontacte prochainement.








Samuel d’Halescourt


mardi 1 décembre 2015

Cheval de guerre de Steven Spielberg (2011) Note : 18/20

Cheval de guerre de Steven Spielberg (2011)


Un erratique voyage équestre




Un Spielberg confidentiel qui a fait peu de bruit mais du grand Spielberg, spectaculaire, épique, élégiaque.

Après « Il faut sauver le soldat Ryan », « 1941 » ou encore « La liste de Schindler », il traite enfin la première guerre mondiale et avec quelle maestria. Ne lui reste plus qu’à évoquer le Vietnam et sa couverture de la guerre au cinéma sera complète, totale.

L’épopée d’un canasson, de sa naissance, son dressage dans une modeste ferme anglaise, son rôle dans la grande guerre et son retour dans l’enclos originel. Un cheval autour duquel gravitera toute une panoplie de personnages fascinés par cette bête exceptionnelle qui rivaliseront de bienveillance à son égard. Le point culminant étant sa prise au piège par des barbelés au milieu des tranchées où un impalpable et immense sentiment de commisération nous saisit.

La campagne anglaise est magnifiquement rendue, avec ses couleurs, son odeur, sa dureté, l’effroyable combat des fermiers d’avant la modernité pour leur survie.

Et puis Niels Arestrup surgissant, apparaissant tel un hobbit dans son bucolique environnement, sa maison chaleureuse, son bon sens et sa bonhomie paysanne.

Pour conclure, un film maîtrisé, superbement réalisé, qui traite directement avec le myocarde, fait vibrer une corde sensible, remontant directement de l’enfance. Un film de gosse pour adulte, dépourvu d’amnésie, un croc-blanc remastérisé, l’anodin au milieu de la grande histoire, une certaine forme de pureté mise en image, la plus belle facette de l’humanité dans un film consacré à un bourrin, à en verser des larmes de plusieurs hectolitres.









Samuel d’Halescourt

lundi 30 novembre 2015

2084 La fin du monde – Boualem Sansal (2015) Note : 14/20

2084 La fin du monde – Boualem Sansal (2015)

Allégorie en forme de sonnette d’alarme


Les deux premiers tiers du bouquin sont excellents, présentation du monde et son appréhension par le personnage principal, mais malheureusement le dernier tiers, les cents dernières pages paraissent inutiles tant l’essentiel a été dit dans le reste du roman.

Si ce n’était une projection, une prospective voire une allégorie, on parlerait, dans un langage purement S-F, de planet opéra, tous les éléments y étant réunis.

L’action se déroule dans un univers que je qualifierais de techno-médiéval que l’on pourrait aisément comparer avec celui de la légende d’Hawkmoon de Moorcock, obscurantiste et rétrograde.

La langue est belle, paradoxalement peut-être un peu trop belle pour de l’anticipation. Etre trop lettré ou trop savant sémantiquement est-il un handicap pour ce genre de littérature ? Le plaisir des mots peut-il prendre le pas sur l’immersion souhaitée ?

Boualemn Sansal crée un néologisme judicieux pour ériger et étoffer son futur dystopique, le burnikab, mélange de burka et de nikab, éclairant d’évidence l’objet de sa critique acerbe.

Dans 1984, Orwell s’est inspiré des deux grands totalitarismes du XXème siècle. Dans 2084, Sansal pousse le dernier en date jusqu’à sa logique ultime. Il en change le dieu et le prophète afin d’appuyer plus pertinemment encore sa démonstration.

Pour conclure, un livre malheureusement pas au niveau du sujet fondamental dont il s’empare. La description des rouages du monde et les citations du Gkabul sont intéressantes mais le récit en lui-même, pourtant prometteur, s’empêtre dans le rien, dans un manque d’imagination qui fait cruellement défaut.

Tous les noms des personnages de Sansal ne comportent que trois lettres : Ati, Koa, Nas, Abi etc. et cela a forcément un sens. Certainement une façon de renforcer le caractère tyrannique du futur qu’il dépeint, où même les noms sont strictement encadrés par une norme délirante considérée comme divine.





Samuel d’Halescourt

dimanche 29 novembre 2015

Top 10 des meilleurs sagas, séries ou cycles de bandes-dessinées (la franco-belge, la nôtre)

Top 10 des meilleurs sagas, séries ou cycles de bandes-dessinées (la franco-belge, la nôtre)




Comme d’habitude, je glisse ma lapalissade et précise qu’il s’agit de celles que j’ai lues, ne pouvant classer celles dont j’ignore le contenu.




  1. - HK (Morvan-Herault)
(le 1er cycle et le 2ème avorté)


  1. - Les chroniques de la lune noire (Froideval-Ledroit-Pontet-Angleraud)
(et ses arcanes)


  1. - Lanfeust de Troy (Arleston-Tarquin)


  1. - Krän (Eric Hérenguel)


  1. - Les Technopères (Jodorowsky-Janjetov-Beltran)


  1. - Ranx (Liberatore-Tamburini)

  1. - Lanfeust des étoiles (Arleston-Tarquin)


  1. - Sha (Mills-Ledroit)


  1. - Thorgal (Rosinski-Van Hamme)

  1. - Golden city (Pecqueur-Malfin)






Samuel d’Halescourt

mercredi 25 novembre 2015

Huitième message du Kindred : Le songe d’une nymphe en bas résille

Huitième message du Kindred


Le songe d’une nymphe en bas résille




Dridge et moi avons continué à discuter pendant près d’une demi-heure. Evoquant nos combattants préférés du MHB, avant tout les poids méga lourds, les plus de deux cents kilos, la catégorie reine où orques, cyclopes, minautores et semi-géants tiennent le haut du pavé.

Puis nous avons évoqué les magouilles du gouvernement, deux sujets dénués de tout rapport si ce n’est celui de passionner les foules. Dridge et ses fines dreadlocks était intarissables sur le second. Sa hargne et sa colère légèrement feinte étaient particulièrement roboratives. Le président de la fédération, Jacob Cissé, était rhabillé pour l’hiver.


Sur le chemin du retour, je fais un détour par le quartier chaud dans l’unique but de me rincer les mirettes. Enfin quartier, deux rues perpendiculaires qui, vues du ciel, formeraient la croix du Christ. Ça n’a rien de glauque, l’endroit est très éclairé et plutôt salubre. La faune qui s’y concentre échappe à toute notion de dangerosité ou de climat patibulaire. Un décorum sain et aseptisé.

Je suis interrompu dans ma déambulation platonique par une rabatteuse qui m’alpague véhémentement. Elle me sort un baratin automatique, des tu verras, tu seras pas déçu, c’est la chance de ta vie, une possibilité de titiller le nirvana, l’occasion d’épaissir ta virilité.

Sa logorrhée est tellement bien rodée que je me laisse séduire. Je monte avec une des filles de l’établissement. Une petite blonde à la coupe asymétrique, long d’un côté, rasé de l’autre, à laquelle il manque deux doigts à la main droite.

Les promesses de la mama-san n’ont pas été tenues. Je n’ai rien vu du tout, j’ai joui assez rapidement dans le soubassement de la frêle Pémala en lâchant un léger râlement inaudible. Malgré l’apaisement de l’éjaculation, je restai sur un goût d’inachevé, l’humeur faussement perturbée. Stabilisé depuis quelques années, je n’ai à peine senti les embryons de culpabilité et de désespoir poindre.

J’ai allongé le fric et je suis reparti comme j’étais venu, le fardeau en moins !

Je vous recontacte prochainement.








Samuel d’Halescourt